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Se créer un uniforme de travail

Léonie

Je déteste prendre des décisions le matin. Et pourtant, tous les jours de semaine, c’est la même chose : « Mais qu’est-ce que je vais mettre pour aller travailler? » Tous. Les. Jours.

Plusieurs hommes d’affaires portent toujours les mêmes vêtements, afin d’éviter d’avoir à choisir une tenue chaque matin et ainsi mettre leur focus sur des décisions plus importantes. Steve Jobs était reconnu pour ses jeans, son col roulé et ses chaussures de sport. Mark Zuckerberg porte toujours un chandail gris. Même Barack Obama a avoué n’avoir que des complets bleus ou gris dans sa garde-robe.

Richard Stewart, le maire de Coquitlam, en Colombie-Britannique, a décidé pour sa part de mener une petite expérience sociale et de mettre un complet bleu foncé à toutes ses rencontres et apparitions publiques pendant 15 mois afin de voir la réaction des médias et de ses collègues. Le résultat? Personne ne lui en a parlé, personne n’a remarqué. (article en anglais ici, ou article en français ici)

Mais qu’en est-il des femmes? Selon monsieur le maire, une femme n’aurait pas passé inaperçue si elle avait porté la même chose tous les jours. Il est vrai que les tenues des femmes puissantes de ce monde sont sans cesse mises en valeur ou critiquées. Scrutées à la loupe, ces femmes font un faux pas lorsqu’elles osent porter la même tenue deux fois, selon les magazines de mode. Parfois même, ce qu’elles portent est plus important que leurs réalisations.

Je suis tombée sur ce texte qui parle d’une femme professionnelle qui a eu une idée toute simple afin de rendre ses matins plus faciles. Mathilda Kahl s’est créé un uniforme de travail. Elle a acheté 15 blouses blanches et quelques pantalons noirs et hop! Pas de décision à prendre le matin. Quand il fait froid, elle ne fait qu’ajouter une veste noire à son ensemble. L’équivalent féminin du complet, quoi!

Inspirée, et surtout exaspérée chaque matin, j’ai voulu mener ma propre petite expérience.

Je ne voulais pas investir dans l’achat de plusieurs morceaux de vêtements alors que je ne savais pas si j’allais aimer porter la même chose tous les jours, ou même m’habituer à cette nouvelle routine. J’ai donc décidé de sélectionner 5 ensembles de ma garde-robe actuelle, un pour chaque jour de la semaine, et porter ces 5 ensembles pendant 1 mois.

Constats

  • Mes matins étaient plus faciles et je gagnais du temps, car je n’avais pas à me demander quoi mettre. Conséquemment, mon humeur était plus légère.
  • Certains matins, je n’avais pas envie de mettre ce que je devais mettre, en partie à cause des couleurs ou des motifs.
  • Le seul ensemble que ça ne me dérangeait pas de remettre chaque fois était celui du vendredi et le plus sobre des 5, soit un jeans et un t-shirt noir.
  • 5 ensembles, ce n’est pas assez. Ça ne laisse pas de marge de manœuvre et il ne faut pas oublier de faire le lavage la fin de semaine. L’idéal serait 10 ou 15 ensembles.
  • Personne au travail n’a remarqué que je mettais la même chose chaque semaine.

Est-ce que je me suis tannée de porter mes 5 ensembles? Vraiment. Par contre, je crois que, si j’avais eu des ensembles semblables chaque jour, ça m’aurait donné plus l’occasion de m’habituer à ce changement et peut-être même de l’adopter pour de bon. Suis-je prête à faire le grand saut? Peut-être quand j’aurai usé les vêtements de travail de ma garde-robe…

Et vous, que pensez-vous de l’initiative de Mathilda?

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Deux poids, deux mesures

Aimée

Au mois de juillet, au moment où Léonie s’est lancée dans son défi sans sucre, j’ai arrêté de manger du sucre aussi. Je n’ai pas recommencé depuis. Nous sommes en septembre, et j’ai perdu à peu près vingt livres. Je ne m’en suis pas vraiment rendu compte «en chemin» ; je me pèse rarement, et je me souviens que, la dernière fois que je m’étais pesée, j’approchais du deux cents. Disons que c’est un chiffre symbolique qui frappe ; pourtant, je me regardais dans le miroir et je ne me trouvais pas si mal.

Maintenant, la balance est juste au-dessous du cent quatre-vingts. Je savais que j’avais perdu du poids, mes vêtements étaient plus lousses autour de moi, mais, dans ma tête, j’avais seulement perdu cinq livres. C’était comme un choc. Je me suis pesée chez plusieurs personnes pour valider la donnée.

Puis, des gens que je ne connais pas trop (parce que mes proches me voient trop souvent, ou ont peur de me parler de ça) ont commencé à s’exclamer : «Mon Dieu ! Tu as bien maigri !» Une copine m’a demandé si je me sentais «mieux», si j’étais moins fatiguée quand je faisais du sport, etc. – non, je me sens pareil. Une autre m’a demandé si ma perte de poids était voulue. Je lui en étais reconnaissante.

Non, ce n’était pas «voulu». J’ai arrêté de manger du sucre pour faire attention à ma santé. Bien sûr, je n’étais pas contre un petit «trim» du ventre, juste pour dire que ça débordait un peu moins, mais je ne m’attendais pas à ça. Et je dois avouer que, aujourd’hui, je suis très perplexe.

Je me regarde dans le miroir, et je suis moins heureuse qu’avant. Avant, je me disais : «Bof, j’ai pas mal de courbes, mais ça me fait bien. En plus, je ne mets aucun effort dans mon alimentation, et je danse parce que j’aime ça, pas pour faire de l’exercice.» Maintenant, on dirait que je me scrute et je m’évalue. Je n’aime pas avoir perdu des seins. Oui, je suis heureuse d’avoir un ventre moins rond et surtout des bras moins «gras» (faute d’un terme plus approprié). Mais je n’aime pas mon ensemble. J’ai perdu de ma saveur. Je suis moins confiante qu’avant. J’ai tellement travaillé à être fière de mon corps que de changer, ça me donne l’impression de bafouer tout ça et de dire : finalement, avant je n’étais pas correcte, je me faisais des illusions. Et je ne suis comme pas capable de l’accepter.

Je me sens mal, d’écrire ça. C’est un peu comme l’histoire des parents qui disent à leurs enfants de finir leur assiette, parce que plein de gens ne mangent pas, en Afrique. J’ai l’impression de me plaindre la bouche pleine, ou pire, d’écrire ça pour «choquer» ou attirer l’attention, pour affirmer mon individualité. «Tout le monde fait ci, moi je fais le contraire!» Comme une ado.

Et donc, au bout du compte, j’ai HONTE de ne pas être contente d’avoir maigri. Ouf.

Entendons-nous, je suis encore «grosse», selon nos normes et standards de beauté. Je suis cent fois plus gênée de me déshabiller dans un vestiaire rempli de filles, disons au yoga, que devant un homme. Autour de moi, des femmes qui font à peine cent cinquante livres se lamentent. Depuis toujours, entendre ces commentaires dépréciatifs des femmes autour de moi me blesse. J’aimerais que les gens s’aiment, qu’ils se voient comme je les vois. Je ne les vois pas comme une somme de parties physiques, encore moins de défauts : je les vois comme des êtres, et tout ce qui les compose s’unit et s’équilibre à mes yeux.

Je pense qu’on ne se rend pas compte qu’en se critiquant soi-même, on critique les autres aussi. Comment pensez-vous que je me sens quand les femmes autour de moi parlent de maigrir alors qu’elles sont plus minces que moi? Si toi, tu es grosse et tu as un problème, je dois t’apparaître comme un cas désespéré.

Apparemment, non. Elles s’empressent de me détromper. En fait, il ne leur vient même pas à l’esprit qu’elles me critiquent en se dépréciant. À leurs yeux, moi, ça n’est pas pareil. Je suis un cas à part. Elles sont grosses, pas moi. Sur moi, la graisse, c’est beau.

Je ne sais pas comment interpréter ce type de commentaire. On me dit que j’ai le «droit» d’être grosse, moi. Quel réconfort de savoir que ce qui est tant honni chez les autres est beau sur moi…

Au fond, ce qui ressort de cette anecdote, c’est : aux yeux des autres, je n’ai pas à être parfaite. Toutes, chacune de notre côté, nous pensons qu’il n’y a qu’à nous-même qu’incombe le devoir d’être parfaite. Pourtant, en fait, les autres ne nous scruteront jamais comme nous nous scrutons : ils sont trop occupés à se scruter eux-mêmes. Le seul moment où les autres examineront votre corps (exception faite de s’ils vous désirent, ce qui est un autre rapport), ce ne sera pas pour vous critiquer : ce sera pour se comparer à vous. Ce sera pour voir comment leur propre ego se positionne par rapport à vous.

Si on ne regardait pas les autres avec cette loupe, si on ne se comparait pas, en se sentant meilleur ou pire que notre voisin, on ne serait jamais si dur envers nous-même.

Changer notre perspective sur notre corps et celui des autres est un travail de chaque instant. C’est extrêmement difficile. Moi-même, si j’ai longtemps été à l’aise avec mon corps, ce n’est pas parce que je suis bonne ou que j’ai un don du ciel. Je combats toutes les remarques dépréciatives qui peuvent me passer dans le cerveau. Une par une. Et je peux vous dire que tous les régimes, tous les programmes d’exercice sont plus faciles que ça. Ce sont des expédients qu’on se donne pour éviter de faire ce travail, car on sait que les autres ne le feront pas et continueront de nous voir à travers leurs propres lunettes.

Pour en revenir à moi, je ne sais pas quoi faire. Je n’ai pas envie d’adopter de mauvaises habitudes pour gagner le poids que j’ai perdu! Ce serait absurde. Une partie de moi se dit que mon corps a toujours été plus rond, et que je regagnerai sûrement ces quelques livres à la longue, sans même m’en apercevoir. Ou peut-être que je m’y ferai et que je serai en paix avec mon nouveau moi-même. Mais, d’une manière ou d’une autre, je dois redoubler d’efforts et continuer à travailler à m’accepter, à cent quatre-vingts ou deux cents livres.

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